LA SAVEUR DE LA NOSTALGIE
Une voix qui donne la chair de poule, un violon, un accordéon. Un répertoire qui mélange sonorités contemporaines et éclats de musique venue d’ailleurs, émotions d’exil et de mélancolie, de joie féroce. Sous le nom de JAEL, Coline Pellaton et Thierry Châtelain partagent avec le public les fruits de leur complicité depuis leur jeunesse. Ayant quitté la Suisse pour Paris, le duo continue son chemin de vie avec des ambiances nouvelles et une passion intacte. Coline Pellaton raconte :
Quelle est la philosophie de JAEL ?
Coline Pellaton : Se relever et marcher, toujours ! Les compositions de Thierry parlent d’un cheminement, de son parcours de vie. Il donne la trame, le squelette, sur lequel je viens coudre mes propres tissus d’émotions. Ses compositions reflètent le voyage intérieur et extérieur, chaque morceau est une petite histoire close, une façon de dévoiler un ciel clandestin.
Comment le groupe évolue-t-il musicalement ?
C. P. : Depuis que nous sommes chacun installés à Paris, les ambiances musicales sont différentes. C’est un peu paradoxal : plus Thierry baigne dans l’urbain, plus il se recentre sur des choses essentielles. Il en a moins besoin lorsqu’il a de l’espace et de la nature autour de lui, lorsque les choses essentielles sont à l’extérieur.
De quelle manière la ville influence-t-elle votre musique ?
C. P. : Les compositions sont plus rythmiques, plus urbaines avec des gouttes de ciel, oui ! Thierry a cousu le ciel à la ville. Le mot poésie est magnifique, il y a une urgence de poésie qui nous guette, c’est quelque chose d’aussi essentiel que de manger et de boire. Ce sont des poèmes urbains.
La manière d’utiliser la voix change aussi avec le rythme, c’est une ambiance un peu plus cardiaque… la poésie du bruit… à Paris, le bruit, vous savez, soit on le prend dans la figure et c’est insupportable, soit on l’accueille puis on le re-cueille comme un bouquet d’étoiles.
J’adore prendre le métro. Dans cet espace clos, on entend soit des milliers de solitudes, soit un immense corps humanité qui en chantier… chante sa présence.
Est-ce que l’auditeur a un chemin à faire pour entrer dans la musique, est-ce qu’elle n’est pas donnée comme ça ?
C. P. : Au départ on lui offre assez peu de choses : un accordéon, un violon, une voix. Alors c’est du 50/50... On lui offre trois fois rien, avec une option vacuité (rires).
Mais JAEL a gardé la même couleur, la même saveur ?
C. P. : Oui, on est entré une fois pour toute dans le nomadisme, il y a toujours cette teinte d’exil, de nostalgie. La musique de JAEL n’aura jamais une couleur d’amusement, de plaisir. Nous sommes tous des exilés, on ne peut pas ne pas être inquiets. La quiétude, c’est fermer des portes, ces portes que justement Thierry ouvre. L’accordéon, la voix, le violon sont d’ailleurs des instruments du voyage. Certains ont des meubles ; d’autres de valises…
Qu’est-ce qui fait la longévité de JAEL ?
C. P. : JAEL a beaucoup vécu depuis ses débuts, mais l’écrin reste le même : un duo avec accordéon, violon et voix. Nous avons toujours accueilli des musiciens invités, mais la base reste un duo. La voix est un peu plus présente maintenant. Thierry et moi, nous jouons ensemble depuis 30 ans, c’est dire que JAEL a quelque chose à dire, qu’il a le goût des choses importantes. Il y a des gens qui nous écoutent depuis plus de 20 ans, qui nous retrouvent ici et là et ça a une saveur unique, le flux est là, le parfum de ces gens qui nous accompagnent. C’est très beau à vivre.
Sophie Bourquin